Saisons à l'ombre du Saule
22:54
L’année universitaire se termine. Il est temps de faire le point.
Ces derniers mois ont été très enrichissants pour moi, et ce principalement d’un point de vue philosophique. Deux expériences ont grandement contribué à augmenter ma joie, à savoir d’une part la participation à une journée d’Etudes sur Spinoza, et d’autre part la correction d’une thèse en Normandie. Alors que la journée d’études m’a permis de mettre un premier pas dans le monde de la recherche en philosophie à proprement parler, la semaine que j’ai passé en Normandie m’a surement encore plus enrichi, tant j’y ai fait des bonnes rencontres. Au contact de deux professeurs de philosophie, j’ai eu l’occasion de consolider l’intuition (que j’ai tenté de développer dans les deux premiers articles de ce blog) sur l’état de l’enseignement de la philosophie en France, ce qui m’a conforté dans l’idée que ce n’est pas la voie qui me convient. J’ai aussi pu me rendre compte que ma lecture de la philosophie, et plus précisément de Spinoza, s’affine, se perfectionne, mais ne se rallie pas toujours aux interprétations communes.
Je pense pouvoir dire sans trop d’hésitation que ces deux années de Master m’ont fait incroyablement évolué. Evidemment, l’évolution ne cesse jamais, mais, même si le diplôme universitaire ne délivre aucun titre, aucun gage de mérite ou de valeur quelconque, je pense vraiment être passé à une étape supérieure. J’ai trouvé en Spinoza le ciment de mes idées : à la manière de Nietzsche, je pourrais dire que Spinoza est mon précurseur, et qu’il est arrivé à dire rigoureusement ce dont j’avais déjà la certitude, et pour le reste, il m’a soit séduit, soit convaincu. Je concèderais néanmoins volontiers à Russell que les théories épistémiques spinozistes sont assez faibles, et très surement dépassées par les philosophies ultérieures. Et pourtant, ce n’est pas ce qui me manque le plus chez lui. En vérité, je me suis rendu compte qu’il manquait dans sa pensée un élément qui me parait pourtant essentiel pour vivre au mieux : c’est l’esthétique. Spinoza n’est pas un philosophe de l’esthétique, ce n’est pas ce qui l’intéresse. On aurait aimé que la fin de l’Ethique converge dans une « Esthétique », que ce qui est remarquable soit « difficile », autant que « rare », et autant que beau ! Je ne pense pas qu’il faille absolument chercher à trouver chez un philosophe ce qu’on a envie d’y trouver. Bien entendu, c’est surement le meilleur moteur pour les recherches, mais le risque est grand de lui faire dire ce qu’on aimerait qu’il dise, de le déformer pour de mauvaises raisons. Bien entendu, le commentaire est essentiel, mais il n’a de sens pour moi que s’il sert de tremplin. Plus le commentaire sera précis, plus le tremplin sera lui-même précis et permettra des analyses puissantes du monde et de la vie. Et c’est pourquoi je pense qu’un commentaire précis de la philosophie de Spinoza permettrait d’assumer que la philosophie de Spinoza n’est pas une esthétique, mais qu’elle peut pourtant servir de base non négligeable à des théories esthétiques. C’est parce que je crois que, fondamentalement, Spinoza peut être pris comme point de départ pour des théories de la perception non-phénoménologique (je n’entends pas ici « phénoménologique » au sens étymologique, ce qui n’aurait pas plus de sens qu’un paradoxe, mais plutôt comme l’ensemble des doctrines « theologico-philosophiques » sous-tendues par ce mouvement de pensée) et esthétique insérées au cœur même du projet éthique qui est le sien qu’il me tient à cœur d’écrire une thèse et d’y développer ces idées.
Mais avant cela, il me faut rédiger mon mémoire, et entamer une année de préparation des concours. J’espère ne pas trop laisser ce blog à l’abandon. Au vue des jouissances toutes intellectuelles que me provoquent mes lectures actuelles, je pense être de retour sous peu.
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