La bibliothèque irrationnelle
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Il existe des tâches qui paraissent herculéennes à qui les entreprend. C'est souvent le sentiment dans lequel se trouve celui qui veut ranger sa bibliothèque. On éprouve toujours une immense satisfaction, lorsqu'on a un certain goût pour les livres, à l'idée d'avoir rangé sa bibliothèque. Si Borges vouait une fascination à la bibliothèque, la sienne était infinie plus qu'elle n'était ordonnée. Pourtant, à la fin de ce rangement, je me suis rendu compte que ma bibliothèque n'était pas ordonnée. Quel paradoxe! Passer trois heures à désordonner des livres, et la satisfaction pourtant d'avoir donner à ce chaos une certaine organisation. Généralement, nous considérons que l'organisation doit suivre de principes logiques cohérents et rationnels : que l'ordre soit alphabétique, thématique, ou je ne sais quoi encore, il est sur qu'il va suivre d'une logique mathématique qui, par conséquent, pourra être considéré comme une norme universelle. Les bibliothèques du monde ont tendance à suivre les mêmes classements, et comment pourrait-il en être autrement, si l'on veut pouvoir retrouver un livre dans les milliers qui se suivent le long des étagères? Mais ne peut-on pas penser un autre ordre? Une forme de rangement irrationnel, qui ne réponde pas à une logique mathématique universelle, mais seulement à une tendance affective? J'aime l'absurde de mon classement, j'aime savoir que je m'y perds moi-même, dans les couleurs, les colonnes, les étagères, les entassements dans tous les sens. La bibliothèque est un labyrinthe, pas parce qu'elle est infinie, ni parce qu'elle est circulaire, mais parce qu'elle a trouvé son ordre, et son chemin, dans le chaos. Il faudrait un jour écrire une nouvelle sur une bibliothèque irrationnelle.
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